Depuis ce lundi 27 février, « The Wall face au mur » a débuté sur TF1 sur la case de l’access, avec un succès indiscutable: 5,4 millions de téléspectateurs pour la première et un leadership retrouvé sur les ménagères. Nous sommes allés à la rencontre de notre expert médias, Jon Endemimol, pour en savoir plus sur ce jeu.

Le Whoo: Bonjour Jon, nous voudrions avoir votre avis sur « The Wall », le nouveau jeu de TF1. Ara Aprikian parle de « format du siècle »…

Jon Endemimol: Ara en rajoute un peu, mais faut le comprendre, il était très attendu sur ce coup-là. Il était un peu au pied du mur (rires).

Whoo: Pour vous, ce n’est pas le format du siècle ?

Jon: C’est un bon format pour les Etats-Unis mais pas pour la France. Dans notre société, on prône plutôt la méritocratie et ce jeu va à l’encontre de ce principe de justice sociale. Celui qui répond bien à toutes les questions peut repartir les mains vides alors qu’à l’inverse, on peut gagner beaucoup sans répondre juste à une seule question.

Whoo: Ah si, il faut quand même répondre juste à une question de la première manche pour avoir un capital à faire fructifier. 

Jon: Il faudrait vraiment tomber sur deux débiles. Les questions de la première manche sont de niveau CP et on les laisse fait réfléchir à deux pour être sûr qu’ils ne se trompent pas.

Whoo: Justement, la mécanique du jeu, vous en pensez quoi ?

Jon: Sur la mécanique, il y a deux problèmes selon moi: la séparation du couple et la complexité des règles du jeu. Dans un jeu télé, un couple offre toute une gamme de réactions, allant de colère au mépris, de la joie à l’euphorie. Là, on se retrouve avec une personne qui ne peut exprimer que deux sentiments: soit elle est contente, soit elle n’est pas contente.

Whoo: Et c’est quoi le problème avec les règles du jeu ?

Jon: Vous les avez comprises vous ? On a l’impression que Christophe Dechavanne nous sort une nouvelle règle avant chaque question, c’est imbitable. Je vais vous dire, c’est le jeu le plus compliqué qu’il m’ait été donné de voir. Et en matière de jeu, « purété est mère de longévité ».

Whoo: C’est quand même un jeu où on peut gagner plus d’un million d’euros…

Jon: Là, on touche justement le gros problème du jeu: la promesse est impossible à atteindre. Tout le monde a bien compris que c’est parfaitement improbable que la boule aille systématiquement dans la bonne case. Le million ne sera sûrement jamais gagné. « Qui veut gagner des millions » est mort de cela. Le million n’a été gagné qu’une fois. Et quand il n’y a eu plus aucun gros gain de remporté pendant des années, les gens se sont désintéressés du jeu et s’inscrivaient de moins en moins par SMS.

Whoo: On s’en fiche des SMS, non ?

Jon: Si on s’en fichait, tu crois que Dechavanne s’échinerait à nous rappeler de jouer par SMS toutes les 3 minutes ? Les gains du jeu sont financés par les SMS. Je peux te dire que la prod croise les doigts pour que les gens envoient massivement des SMS pendant le jeu. Surtout que les prévisions de la prod en matière de gain a été un peu sous estimées.

Whoo: Ca veut dire quoi ça ?

Jon: L’argent gagné par les candidats est une prévision sur les recettes SMS. Le problème, c’est que la moyenne de gains a explosé pendant les tournages. Les candidats gagnent presque 3 fois plus que ce que la prod avait calculé, avec chaque semaine un gagnant à plus de 300 000 euros. Endemol prie pour que l’audience reste très haute pour espérer pouvoir rentrer dans ses frais.

Whoo: Comment ça se passe si les SMS ne leur rapportent pas assez d’argent ?

Jon: Normalement, c’est à la boite de prod de gérer ce problème. Mais peut-être qu’Endemol s’est rapproché de TF1 pour avoir quelques garanties pour un petit partage du surcoût. Mais c’était très risqué de ne compter que sur les recettes SMS pour payer les gains des candidats.

Whoo: C’est tout de même une bonne nouvelle pour les candidats: ça veut dire que le jeu n’est pas truqué…

Jon: Oui. Et certains chroniqueurs d’une émission que je nommerais pas ont bien fait de ne pas soupçonner le jeu de triche parce que je pense, qu’Endemol les aurait étripé (rires).

Whoo:  Et sinon, vous avez des choses positives à dire sur l’émission ? 

Jon: Ah oui bien sûr. Le décor est magnifique. Ce mur magistral est vraiment impressionnant. Et il faut avouer que c’est assez hypnotique de voir les boules descendre du haut du mur. Mais je ne sais pas combien de temps Dechavanne va se retenir pour ne pas faire de blagues graveleuses sur les boules des candidats.

Whoo: Justement Dechavanne, vous en pensez quoi à l’animation de ce jeu ?

Jon: Faut savoir que le deal avec TF1 était clair: Dechavanne était souhaité pour animer le jeu mais il fallait qu’il revoit complètement sa manière d’animer. TF1 et Endemol voulaient une animation toute en sobriété et en empathie avec les candidats. Une sorte de contre-emploi pour Dechavanne mais le contrat est plutôt bien rempli.

Whoo: Côté audiences, on ne sait pas trop quoi en penser. Ca a commencé très fort mais ça baisse tous les jours. 

Jon: L’émission a bénéficié d’une campagne de promotion massive, ce qui a créé un incroyable effet de curiosité sur la première. 5,4 millions de téléspectateurs, c’était une audience plus vue depuis près de 7 ans sur TF1 en access pour un jeu. Money Drop faisait 2 millions de moins trois jours plus tôt. Pour l’instant, ça baisse tout en restant à un niveau très élevé: plus de 4 millions et entre 21 et 24 % sur la cible des ménagères.

Whoo: Selon vous, ça va continuer à baisser ?

Jon: Sur la première semaine, les téléspectateurs sont venus voir à quoi ressemblait ce jeu qu’on leur annonçait comme l’évènement de l’année. Selon moi, ça va encore baisser pour se stabiliser entre 3,5 et 4 millions de téléspectateurs. Des audiences très légèrement supérieures à Money Drop mais bien plus efficaces sur les cibles prioritaires, ce qui devrait contenter TF1. Par contre, les faiblesses du jeu ne vont pas lui permettre de s’inscrire sur du long terme.

Whoo: TF1 n’a donc pas résolu ses problèmes d’access ?

Jon: Très sincèrement, si TF1 espère trouver à nouveau un programme qui écrase la concurrence en access comme il y a quelques années, j’ai bien peur qu’ils ne résolvent jamais leurs problèmes d’access. Avec C8 et TMC qui attirent maintenant 2 à 3 millions de téléspectateurs chaque soir et 20 % des cibles prioritaires, c’est quasi impossible de retrouver les audiences d’antan.

Whoo: Mais c’est si important que ça l’access ?

Jon: T’en as pas marre de me poser des questions cons ? Un access fort, c’est des revenus pub qui tombent et surtout pour TF1, c’est un moyen d’éviter de se casser la gueule en prime avec un bon matelas de téléspectateurs captés en amont. Maintenant, si tu veux bien, tu vas me laisser pour que je puisse me mater mon Columbo sur TMC.

Whoo: Merci Jon et à bientôt.