Toutes les grandes chaînes se prêtent à ce nouveau jeu: redécouper ses programmes sans aucune logique artistique ou éditoriale. Mais attention, c’est un peu comme dans le Bouchonnois, il y a le bon et le mauvais découpage. Même si pour la plupart des cas, il s’agit de booster les audiences communiquées, ce n’est pas la seule motivation.

Ceux qui font ça pour de l’argent

Certaines chaînes décident de découper leurs programmes pour pouvoir placer une plage de publicité. C’est le cas notamment de TF1 qui a décidé l’an dernier de reformater ces téléfilms du lundi en deux épisodes de 50 minutes. On n’a pas droit à deux téléfilms différents mais bien un coupé en deux en post-production, sans aucune logique scénaristique. Sur les Camping Paradis, on a même l’impression que des scènes coupées au montage ont été récupérées pour pouvoir remplir les 2×50 minutes. Ce découpage n’a aucun impact sur les audiences: ce que TF1 gagne en téléspectateurs sur l’audience communiquée du premier épisode, elle le perd en part d’audience. Les téléspectateurs n’ont pas de raison de quitter le programme en cours d’histoire et attendent que ça se finisse bien autour d’une fiesta boum boum, avant d’aller se coucher.

Sur le service public, c’est un peu la même logique. Comme France télé ne peut pas couper ses programmes par de la publicité, elle doit créer officiellement deux émissions différentes pour pouvoir intercaler de la publicité. C’est ce qui se passe pour « C à vous » par exemple. A 19h50, l’émission s’achève pour que France 5 puisse vendre ses derniers espaces publicitaires de la journée, avant 20h. A la reprise, les téléspectateurs retrouvent les mêmes protagonistes pour « C à vous, la suite ». Cette coupure tombe bien étant donné que les 3/4 des téléspectateurs migrent vers les journaux de 20 heures et ne sont plus là pour la suite de l’émission.

Ceux qui font ça pour booster leurs audiences

Pour les émissions programmées sans aucun lead-in, le découpage avec une première partie assez courte est une solution pour « remplir la salle » et pouvoir avoir une audience qui correspond un peu mieux avec la valeur du programme. C’est notamment le cas de Quotidien ou de Salut les terriens qui n’ont aucun programme fort avant eux et donc qui n’enregistrent pas l’afflux progressif de téléspectateurs dans le calcul de leur audience. Par exemple, pour le Quotidien de ce jeudi, l’audience communiquée du programme est de 1 423 000 téléspectateurs, alors que l’audience globale du programme est en réalité de 1 226 000 téléspectateurs, soit un gain de 200 000 téléspectateurs grâce à ce découpage (la première partie ne réunissant que 703 000 personnes).

Ceux qui font ça pour cacher de mauvaises audiences

Evidemment, quand des patrons de chaîne ont compris qu’ils pouvaient booster leurs audiences grâce aux découpages, certains n’ont pas hésité à en abuser pour sauver des programmes de l’humiliation quotidienne. Généralement, ces découpages ne sont pas prévus initialement et surgissent en cours de route pour sauver la face. Ce fut le cas par le passé du « 5 à 7 avec Arthur » qui avait plombé le pré-access de TF1 en plein Euro 2016. Les dirigeants du groupe Canal en abusent carrément cette saison, avec leurs deux principales recrues qui se révèlent être des fiascos d’audience. Yves Calvi a vu ainsi son « Info du vrai » diviser en quatre parties quand William Leymergie a fait coup double: réduction de la durée de l’émission et division en deux parties. Le découpage pour William à midi n’a qu’une seule motivation: isoler la partie la plus forte en audience. Cette semaine, C8 a ainsi pu communiquer sur un record de saison pour William à midi, avec une audience calculée sur un tiers de l’émission, qui correspond à l’afflux des téléspectateurs du 13h de Jean-Pierre Pernaut qui zappent sur C8 pour regarder Inspecteur Barnaby.

Le cas clinique: TPMP

Au meilleur de sa forme, Touche pas à mon poste parvenait à réunir 1,8 million de téléspectateurs entre 19h et 21h, sans aucun découpage. Mais depuis deux ans, l’émission est en perte continue d’audience, ce qui a conduit Cyril Hanouna à différents bricolages. Ça a commencé par la mise en place d’un « before » pour compenser la faiblesse du pré-access. L’arrivée de Quotidien sur TMC a contraint C8 à réfléchir à un nouveau découpage, avec la mise en place de 2 parties bien distinctes. Mais la particularité de Cyril Hanouna est de modifier quasi quotidiennement son découpage et l’heure de ses coupures publicitaires. Au départ, ces manoeuvres avaient pour but de creuser artificiellement l’écart avec Quotidien, puis de cacher la perte du leadership. Ces dernières semaines, Cyril Hanouna a du encore revoir son découpage pour masquer le passage de l’émission sous la barre symbolique du million de téléspectateurs, certains soirs.